Julien Rott, du bleu dans les yeux

L'Alsacien porte un bien beau regard sur son aventure en équipe de France

Le latéral tricolore est arrivé à 16 ans au Pôle France et a fait ses gammes. Retour sur la première sélection de notre Alsacien sous le maillot tricolore pour ce jeune qui possède un grand pouvoir d'adaptation et aussi une analyse très fine sur les choses et les êtres. Retour sur les propos de ce jeune de 22 ans sain et dont l'analyse force le respect. 

LES DEBUTS

" Je venais d''Alsace, ma région que j'aime tant et suis arrivé à 16 ans au Pôle et j'ai dû patienter un an et demi pour la licence. J'ai fait mes grands débuts au Mondial de Suède à Karlstad. Ma première sélection en foot à 11. Nous avons terminé 4e sur 9 en perdant le match de la petite finale contre la Pologne "

LE MAILLOT TRICOLORE

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" Cela donne tellement de frissons. Un maillot frappé du coq est à prendre avec un sérieux total. J'ai senti que j'avais un rôle à tenir et à joueur. Je savais que je n'avais pas le droit de décevoir car le portais les couleurs d'un pays. Il fallait gagner absolument pour moi en sachant aussi que je devais savoir la pression et elle était grande pour moi. Ce n'était pas facile."

LES HYMNES

" Là quand la musique retentit on est dedans pour de vrai. Je crois que je tremblais. On jouait contre l'Allemagne une équipe dure à joueur et j'étais sur le terrain comme titulaire. Quel beau moment dans ma vie "

LA PREMIERE BALLE

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" Le match était commencé mais je tremblais toujours je crois. Je me disais que je devais négocier cette première balle de la manière la plus simple possible. Avant de la toucher j'étais hyper attentif au jeu, au placement, à mon rôle à tenir. Je savais que les secondes qui passaient me permettaient de gagner en confiance. Il me suffisait d'écouter mes partenaires qui avaient, eux, de l'expérience et de ne pas me prendre la tête en respectant le plus possible mon rôle.
Au fil des minutes je suis devenu de plus en plus à l'aise mais au fur et à mesure du match la tension du jeu a augmenté. J'avais non pas la rage mais la niaque, ce désir de me surpasser, d'être à la hauteur pour mes copains, l'entraîneur, l'équipe. Cela s'est déroulé comme dans un rêve et on gagne 4-0 et j'ai même été passeur décisif."

VESTIAIRES

" Quand on gagne 4-0 on est heureux, soulagés aussi. Il y avait une belle joie, le cri de guerre et une ambiance détendue avec un peu de fierté peut-être. Nous nous sommes posés près du lac pour fêter comme il se doit la victoire et on a passé un joli moment de partage sur la plage. Ma première victoire dans un Mondial. Avec le recul, cela reste certainement mon plus beau souvenir. "

L'ANALYSE

" J'ai eu la sensation d'avoir été marqué dans la tête par ma participation. Une grande fierté d'avoir porté le maillot. D'un seul coup j'ai gagné en confiance et je me suis libéré. Une sorte de déblocage car ce match m'a ouvert l'esprit en me donnant les clés de la confiance. J'ai joué mon rôle à fond, pleinement, en me donnant totalement, sans tricher avec ma moi-même ni avec les autres.
Je savais qu'une erreur pouvait être fatale et j'étais à 100% de ma concentration. Je ne pouvais pas être mieux dans ma bulle. Ce match a lancé ma jeune carrière. Je me suis fait remarquer et j'ai senti que j'étais en train de gagner ma place dans le groupe. J'ai libéré un niveau pour aller plus loin. A partir de ce moment je n'ai plus jamais lâché, même temporairement dans mes objectifs en jouant le jeu à fond à l'entraînement. "

HAUT NIVEAU

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(Avec Alexandre Steux son coach du Pôle France)
" Pour être au top il faut déjà rester le plus humble possible. Le sérieux est la base de tout Si je ne respecte pas ce plan dans ma tête je ne peux progresser. Il n'y a pas de recette miracle. Il faut se donner au maximum de ses capacités. Chacun doit être à fon car c'est un sport collectif et ce n'est pas l'individu qui est important mais la cohésion d'équipe. On peut faire des belles choses mais il faut avoir confiance en soi, en l'équipe et le plus important c'est ce désir de posséder la niaque pour tout donner. Il faut faire honneur à une sélection. 

L'APPORT DU FOOT

"Au début en 2016 j'étais un peu timide, je ne parlais pas trop puis j'ai compris qu'il me fallait faire un effort pour m'ouvrir aux autres pour une meilleure cohésion. Ce n'est pas facile mais il faut faire le premier pas et faire connaissance, s'intéresser à l'autre. De coéquipiers on devient copains puis amis. Là je me sens mieux, à l'aise et je tire un énorme plaisir à venir en stage au CREPS de Reims. La vie de groupe est importante. Il n'est pas toujours facile de s'imposer dans un groupe, mais il faut gagner le respect. Peut-être faut-il aussi montrer soi-même un minimum d'autorité. Je ne me suis pas laissé marcher sur les pieds et c'est ainsi que j'ai gagné le respect du groupe. "

LES ETAPES A FRANCHIR

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(Février 2022 au CREPS de Reims)
" Elle sont nombreuses. J'ai appris à observer, à m'adapter ensuite. Ce sont des étapes à franchir et ensuite il faut travailler dans chaque domaine. Le staff m'a appris à m'intégrer moi le garçon très, très, j'insiste car j'étais vraiment timide.
Maintenant la raison principale c'est la confiance avec Bruno mon entraîneur qui m'a aidé, poussé à être un guerrier sur le terrain. Grâce à son apport, à sa personnalité, à son regard j'ai réussi à obtenir un rôle important, à me faire ma place. Il m'a tout appris mais j'inclue aussi le staff. La récente disparition de Bruno Plumecocq m'a touché au cœur. "

HOMMAGE

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(Avec Bruno Plumecocq son premier entraîneur tant apprécié) 
" C'était un être exceptionnel et j'ai tellement eu mal de son départ. Il donnait la confiance et n'apportait que du positif. Il m'a fait progresser à un niveau que je ne pensais jamais atteindre. Il a été tout pour moi. Je ne pouvais pas me permettre de ne pas aller à son enterrement, être une dernière fois à côté de lui. Impossible de rester chez moi. J'y suis allé avec Dylan. J'ai mis plus de 4 heures, en train puis en voiture mais je tenais absolument à saluer sa mémoire. J'y serais allé par n'importe quel moyen. Ma place était là. Je me suis fait la mienne grâce à lui je ne l'oublierai pas. Jamais. Je pense fort à sa famille."

MONDIAL 2022

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" Le plus grand plaisir, le plus beau cadeau serait de gagner ce Mondial pour lui. Je suis prêt de laisser ma peau sur le terrain et que l'on fasse de même toute l'équipe ensemble. Avec une telle mentalité je suis certain qu'il serait fier de nous. Cela serait le plus bel hommage à rendre à ce grand entraîneur, à cet homme fabuleux. "  

(Propos recueillis par Pascal Pioppi)